Catégorie : Droit et justice

  • Angle mort

    Angle mort

    C’est début décembre et, comme tous les ans, nous nous souvenons de la tuerie de Polytechnique le 6 décembre. Chaque fois, il semble y avoir un nouveau morceau de vérité qui émerge de cette tragédie. Comme si toute la vérité n’avait pu sortir immédiatement après l’événement. Cette année, c’est le témoignage de Stéphane Guay, un étudiant de la Polytechnique qui se trouvait dans la classe C-230.4, où la tuerie a commencé et où 9 femmes furent attaquées et 6 d’entre elles assassinées.

    Ce témoignage est important, c’est celui d’un homme qui a quitté la classe quand le tueur l’a ordonné. Un homme qui a souffert toute sa vie de cette décision.

    J’étais au pavillon Jean-Brillant de l’Université de Montréal, ce soir-là, dans une classe, tout près du lieu du massacre. C’était ma dernière année de baccalauréat. Je me souviens vaguement qu’on parlait d’une urgence à la Polytechnique. Je me souviens qu’à mon retour à la maison, on parlait déjà aux actualités de quelques victimes, mais c’était encore la confusion, et si on sentait que quelque chose de sérieux venait de se produire, l’ampleur du massacre n’était toujours pas connue quand je suis allé me coucher.

    C’est en me réveillant le lendemain matin, en écoutant la radio, que la réalité de 14 femmes assassinées m’a rattrapé. Ce fut pour moi un choc, un choc dont je me souviens encore, me rappelant exactement l’endroit, ma chambre, mon lit, la radio. Un fait irréel, si une telle chose est possible, une abomination qui faisait intrusion dans ma vie comme dans la mémoire du Québec. C’était une intrusion certes moins violente que celle de ce tireur fou dans la vie des victimes, mais une intrusion tout de même très choquante. Comment oublier le retour en classe ce jour-là, la peur qui nous hantait à voir simplement la porte s’ouvrir…

    Je n’ai rien vu le 6 décembre sur les lieux de la Polytechnique mais je n’ai pas oublié. J’ai lu sur ce qui s’est passé, suivi les enquêtes dans les journaux, les débats sur la place publique, écouté les entrevues données par sa mère, lu le rapport du coroner, vu le film de Villeneuve (aussi tard qu’hier; j’y résistais, craignant sa violence…).

    S’il y a une chose qui m’a continuellement préoccupé, toutes ces années, c’est la décision des hommes de la classe C-230.4 de sortir et de laisser les femmes derrière eux avec un homme qui tenait une carabine, qui venait de tirer au plafond et qui criait comme un enragé. Cette décision de partir – pourtant pas la mienne – n’a cessé de me tourmenter depuis comme si, moi aussi, j’avais été présent dans cette classe. On se demande, bien naturellement, ce que nous aurions fait dans une telle situation. Il vaut la peine de lire le témoignage de Stéphane Guay pour l’imaginer…

    La question était brûlante pour moi puisque ma pensée morale se manifestait à cette époque dans une recherche de grandeur… J’étais alors un jeune homme ayant à peu près le même âge que le tueur et les victimes, un étudiant dans une classe à peu près semblable de la même université, un étudiant de littérature qui s’intéressait à la figure du héros dans la littérature classique, un littéraire qui réfléchissait passionnément à l’héroïsme.

    Je me souviens d’un article publié dans La Presse, en 1990, dans lequel un prof de l’Université de Montréal (l’un de mes profs!) protestait contre la décision de ne pas tenir d’enquête publique. Il protestait contre l’absence de réflexion sur les aspects psychanalytiques du drame, en ce qui concerne le rôle des hommes, de la figure maternelle, des autorités. Il accusait aussi les hommes, l’homme québécois, de lâcheté. Il cherchait à confirmer des détails, comme celui de savoir s’il était vrai que le tueur avait tiré dans une photocopieuse, un symbole de la matrice maternelle selon lui. Bref, son texte était suffisamment provoquant et dur envers les témoins masculins du drame, que j’avais senti le besoin d’écrire à La Presse pour protester. Je voyais mal comment on pouvait accuser ces hommes de lâcheté et faire de celle-ci, comme il le faisait, une extrapolation de l’inconscient collectif québécois, alors que d’autres hommes du Québec, dans des drames semblables, avaient déjà fait preuve d’héroïsme (comme le sergent d’arme Jalbert de l’Assemblé nationale, lors d’une tuerie semblable). Je trouvais l’accusation exagérée.

    N’empêche, la question est toujours demeurée, lancinante, non résolue. Les hommes de la classe C-230.4 ont-ils fait preuve de lâcheté en quittant cette classe sans tenter d’arrêter le tueur ou de protéger leurs collègues? Pourquoi ont-ils obéi? Surtout, pourquoi les deux professeurs présents dans la classe – des hommes – ont-ils invités les étudiants à sortir? Pourquoi ne pas aborder la question de front publiquement?

    Le témoignage de Stéphane Guay ne répond pas à cette question. Il expose la profondeur de l’énigme et l’extraordinaire poids de cette responsabilité sur la conscience de ces hommes. Le film de Villeneuve aussi le montre, dans le personnage de Jean-François, dont la culpabilité est si grande qu’il choisit de se suicider peu après les événements, et dont l’histoire est bien réel, trop réel.

    Pour ma part, je ne suis pas de ceux qui cherchent à excuser ces hommes. À la demande d’un homme armé qui avait déjà tiré au plafond, les hommes de cette classe se sont séparés des femmes et ont quitté la classe en les laissant derrière eux. Le film de Villeneuve, à cet égard, est éloquent. C’est la scène-clé du film. C’est un fait et le fait est gravissime.

    Cela dit, des raisons de ne pas intervenir et de partir, il y en avait. On peut certainement les reconnaître. Des étudiants ont dit qu’ils n’étaient pas sûrs de ce qui passait, pensant même à une mauvaise blague. Certains ont cru qu’il s’agissait d’une prise d’otages. D’ailleurs, pourquoi exiger de ces jeunes hommes – étudiants en génie – le courage des armes, la capacité de rester en contrôle d’eux-mêmes devant un homme armé d’une carabine qui n’hésite pas à l’utiliser? Faut-il attendre de tous les hommes qu’ils se comportent comme des soldats entraînés lorsqu’ils sont visés par une arme?

    Toutes ces raisons sont valables et n’oublions pas non plus que ce ne sont pas ces jeunes et leurs maîtres qui ont assassiné ces femmes. Il s’agit du crime d’un seul homme.

    Et pourtant…

    Dans le témoignage de Stéphane Guay, nous constatons le poids de la culpabilité. Comme nous le voyons chez la mère du tueur dans les entrevues qu’elle a données. On ne peut rien faire contre ce sentiment qui les hante. Les faits sont là pour torturer la mémoire de ces personnes qui, en réalité, auraient pu intervenir et prévenir la tragédie. Si, au moins, ils avaient pu avoir l’étincelle d’une prémonition, s’ils avaient pu dégager ne serait-ce qu’une once de courage, sentir en eux une colère suffisante pour dire « NON ».

    Au fond, c’est la réalité de toutes les victimes d’abus et de violence. L’incapacité de rien dire et de s’opposer ou réagir quand il le faut pendant le trauma. Si on peut excuser les hommes de la classe C-230.4, c’est dans cette perspective uniquement. Ils étaient parmi les victimes, une arme était pointée sur eux. Comme le furent la mère et la sœur du tireur, qui ont été victimes d’abus elles aussi. On en vient donc à conclure qu’il ne peut y avoir qu’un seul coupable, le tireur fou, ce jeune homme odieux et dérangé, qui n’a su s’extirper de l’héritage de violence de son père.

    Il y a d’autres personnes dont le degré de responsabilité a varié puisqu’ils ne se trouvaient pas ce soir-là dans la mire du tueur mais bien dans la position d’intervenant. J’inclus ici toute figure d’autorité, dont les deux profs dans la classe, et possiblement aussi les services policiers – s’ils ont effectivement retardé l’intervention.

    Surtout, je mettrais au premier plan celui dont personne ne parle, le grand absent de la tragédie de Polytechnique, un véritable fantôme dans cette histoire, un mystère pour ceux et celles qui se demandent encore ce qui s’est passé. Je parle de Rachid Liass Gharbi, le père abuseur, le mari violent, qui était retourné en Algérie, dans l’angle mort du drame de sa famille. Celui-là n’a jamais fait face aux victimes de ses propres victimes à lui, ses enfants. Il me semble clair que la misogynie de son fils ne peut s’expliquer sans la sienne, qu’il y avait dans le fils un ressort violent hérité du père.

    Le Québec n’a jamais parlé du père de Lépine. Pourquoi donc? Parce que les victimes devaient prendre le premier plan? Parce que le père était immigrant? Parce que… Parce que quoi, au fait? Le vrai lâche, s’il n’est pas mort, court toujours…

  • Le mal humain

    Le mal humain

    Depuis son expulsion du jardin d’Éden, l’être humain est aux prises avec l’abus, la démesure.

    L’une des raisons qu’il n’arrive pas à résoudre ce problème, individuellement ou collectivement, est la difficulté qu’il a à reconnaître ses limites. Il est difficile en effet de mesurer sa force…

    Le problème de l’humain n’est pas notre goût du pouvoir, ni même notre propension à la violence. Le pouvoir et la violence, généralement déplorables, ne sont que des moyens. Ils peuvent être légitimes.

    Notre libre arbitre, acquis au moment de croquer la pomme, n’est pas non plus la raison ni la cause de notre excès. Il devrait plutôt en être la solution.

    Le problème de l’humain est plus profond. Le mal est logé au creux de l’âme humaine, comme un vers dans la pomme, si je peux dire.1 Il est simple mais occulte à la fois.

    Je reconnais ce problème subtilement illustré dans le mythe de Prométhée. Si vous examinez de près le mythe, vous verrez dans un repli, comme en arrière-plan, ce qui accable l’humain.

    Le mythe raconte la punition terrible infligée par Zeus à celui qui a volé le feu sacré sur l’Olympe pour le remettre aux hommes. Tous les jours et pour l’éternité, un aigle dévore le foie de Prométhée, enchaîné à un rocher.

    Prométhée étant d’une force extraordinaire, Il a fallu l’appui de Bia et Kratos pour l’attacher au rocher. Dans la mythologie grecque, Bia personnifie la force, la violence, alors que Kratos personnifie la puissance, le pouvoir.

    Il a donc fallu le pouvoir et la violence pour maîtriser Prométhée, le voleur de feu. Mais le problème ici n’est pas la force exercée. Une peine est toujours contraignante. Le problème est la chaîne qui l’attache au rocher, et l’aigle qui revient chaque jour le dévorer pour l’éternité. Le problème est l’excès de la peine, l’abus de pouvoir, la domination absolue.

    Proudhon a expliqué, au sujet de l’anarchie, qu’elle est « l’ordre sans le pouvoir ». Je pense quant à moi le contraire : l’anarchie est le pouvoir sans ordre. L’anarchie est l’arbitraire, la loi de la jungle. Elle est la bête féroce qui dévore le foie de Prométhée attaché à son rocher.2

    Ce qui me ramène au problème fondamental de l’humain depuis l’aube de l’humanité. Ce problème est l’usage de la force et de la violence par l’humain pour dominer l’humain.

    Le mal humain est la démesure du pouvoir, la domination. L’être humain tente depuis toujours de maîtriser – d’écraser – son adversaire. Il le démonise, en fait l’objet de sa haine, pour justifier son anéantissement.

    Sauf la force d’âme, le seul rempart contre cette faiblesse de l’instinct est la grande œuvre civilisatrice du droit. Le XXe siècle, un siècle de violence sans bornes, a permis de faire ce constat. Puis de progresser et de mettre en place un ordre juridique humaniste.

    C’est malheureusement cet effort ce que nous voyons maintenant s’effondrer devant nos yeux, en Ukraine, à Gaza, aux larges des côtes du Venezuela.3 On ne dira jamais assez à quel point l’époque que nous traversons est dangereuse…


    1. Je ne pense pas qu’il s’agisse de la hantise de la mort, la « Terror Management Theory » (TMT) proposée comme la source de tous les maux qui affectent l’humain : Sheldon Solomon, Jeff Greenberg, and Tom Pyszczynski, The Worm at the Core: On the Role of Death in Life, Penguin Random House, 2015. ↩︎
    2. Je lisais récemment une journaliste qui est allé sur le terrain au Soudan pour un reportage sur la guerre civile. Elle y explique la situation qui règne à la frontière du Sudan et du Tchad. Elle invite tous les libertariens à y aller pour constater dans quel état la société se trouve en état d’anarchie : Anne Applebaum, « The Most Nihilistic Conflict on Earth », The Atlantic, 5 août 2025. ↩︎
    3. « Why the Laws of War are Widely Ignored », The Economist, 5 août 2025. ↩︎
  • La crise des droits humains

    La crise des droits humains

    À la veille de l’an 2025, alors que l’ordre multilatéral paraît vaciller sur la scène internationale, il semble opportun de discuter de l’état de santé du système des droits humains.

    Ce n’est certainement pas à moi de dresser un rapport détaillé des progrès ou reculs sur le terrain sous divers angles; je ne suis pas expert dans ce domaine. Mais comme citoyen, il m’est permis de partager quelques impressions et mon point de vue sur le plan général ou philosophique. Je crois, en effet, que les droits humains traversent une crise d’identité ou, pour être plus précis, manifestent les symptômes d’un malentendu.

    Il n’est pas nécessaire de chercher loin pour constater que les droits humains sont présentement bafoués à l’échelle de la planète. Le droit humanitaire est abusé dans des conflits violents au Soudan, en Ukraine, au Myanmar ou à Gaza. On parle de plus en plus de déportation de réfugiés ou de camps de concentration pour les illégaux. Les droits civils et politiques sont brimés un peu partout : les Ouïghours en Chine, les bahaïs en Iran, les dissidents politiques dans un nombre grandissant de pays (Russie, Iran, Corée du Nord, Venezuela, etc.). Les droits des femmes aussi sont en recul, plus récemment aux États-Unis. Sans mentionner les droits des autochtones ou les violations dites « mineures » de la globalisation (droits des travailleurs, travail des enfants, droit à l’éducation, droit au logement, etc.).

    On dit des droits humains qu’ils sont universels, inaliénables et indivisibles. Par universel, on comprend que tous les êtres humains, peu importe leur origine, genre, race ou nationalité, etc., en sont titulaires (art 2, al. 1, Déclaration universelle). Par inaliénables, que personne ne peut les céder ou en être dépossédé (préambule, D.U.). Par indivisible, qu’ils ne peuvent être considérés isolément des autres droits et que le respect de l’un est accompagné du respect de l’autre. On ne dit pas, toutefois, que les droits humains sont absolus; s’ils l’étaient, aucune limite ou violation ne serait justifiée et leur respect ne souffrirait aucun compromis. Cette possibilité de limiter les droits humains est d’ailleurs reconnue dans les instruments internationaux (art. 29, al. 2, D.U.) et nationaux (par exemple, à l’art. 1 de la Charte canadienne des droits et libertés).

    Cela dit, on se méprend de plus en plus sur la nature ou la portée des droits humains. Leur multiplication ou subdivision – pour ne pas dire la surenchère – est phénoménale (la troisième génération de droits fondamentaux comprendraient le « droit au développement », la quatrième le droit à l’autodétermination numérique). On confond aussi de plus en plus les droits individuels avec les droits collectifs, et on voit donc surgir l’emploi des clauses dérogatoires (pensons à la Loi sur la laïcité, à l’art. 4).

    Surtout, de plus en plus, on donne aux droits humains considérés subjectivement un caractère absolu qui s’oppose à leur nature relative dans un système qui englobent d’autres principes étatiques (par exemple, la sécurité publique). C’est comme si le droit humain devenait progressivement un droit individuel suréminent et que chaque motif de différence devenait un droit subjectif opposable à l’État.

    On critique donc dans certains cercles la dérive utilitariste, la « religion civile », le « primat absolu des subjectivités », etc. Je pense, par exemple, à la liberté d’expression, que certains considèrent comme absolue, en dépit de l’interdiction des discours haineux. Ou encore à la liberté de recevoir des soins de santé sans accepter les mesures de santé publique, telle la vaccination. (On se rappellera du cri « Freedom » à Ottawa pendant le blocus des camionneurs).

    C’est ainsi que nous avons graduellement glissé dans l’ère de la post-vérité, de la polarisation, du radicalisme et de la subjectivité auto-référentielle. Il est ironique, tout de même, que ce glissement – cette régression – puisse être associé à l’évolution des droits humains. Est-ce la philosophie de l’après-guerre qui a produit ce retournement de l’universalisme moral objectif au relativisme moral subjectif? C’est possible. On notera, par exemple, le renversement du référent métaphysique dans la philosophie de la déconstruction.

    Si l’on dit « droits humains », cela dit beaucoup et très peu à la fois en ce qui a trait au fondement de ces droits. C’est dans cette ambiguïté que le renversement métaphysique se produit. La plupart du temps, dans une perspective réaliste, on met l’emphase sur l’énonciation du droit, d’une part, et son opposabilité (la capacité de le faire valoir), d’autre part. Mais qu’en est-il de la source des droits humains? Qu’est-ce qui les rend universels? Un droit est-il universel parce qu’il se réfère à l’humain seulement (d’où le qualificatif « droit humain »), ou parce qu’il se réfère plutôt à une certaine transcendance comme fondement (les droits de l’humain)?

    En parlant de la question du fondement des « droits de l’humain », les termes du débat ont été posés de la façon suivante par une théologienne : « Les uns les conçoivent dans le cadre d’un rationalisme et d’un humanisme laïc qui ne connaît pas d’autre fondement que l’auto-compréhension d’une humanité autonome. Les autres pensent la véritable autorité des droits de l’homme à partir d’une transcendance. Car il ne suffit pas de présupposer l’égalité des hommes. Il faut introduire une instance absolue, appréhendée à travers un acte de foi ou par l’intermédiaire d’une conscience métaphysique. »1

    À cet égard, il y a une différence subtile mais notable dans trois textes d’énonciation que j’ai consultés. D’une part, l’universel moral est exprimé en faisant référence à l’« Être suprême » dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 17892 ou à la « suprématie de Dieu » dans le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés.3 D’autre part, pour fonder les droits humains, la Déclaration universelle s’appuie essentiellement sur la « reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine » (préambule, D.U.).

    À première vue, on dira que l’approche choisie pour la Déclaration universelle est suffisante, qu’il n’y a pas besoin d’en dire plus, que tous peuvent s’entendre sur la proclamation de la dignité humaine comme « idéal commun ». Mais ce serait ignorer que tous les peuples du genre humain n’ont pas la même conception de la dignité, plus particulièrement de la dignité individuelle de l’être humain. Certains valorisent le destin collectif ou de classe un brin davantage que le destin des membres individuels de leur société. D’autres valorisent la dignité des êtres humains à travers le prisme de leur propre groupe d’appartenance (ethnique, religieux ou racial), déshumanisant l’autre qui n’en fait pas partie. L’idée de l’humain apparaît relative à plusieurs égards et, en affirmant l’humain comme fondement d’un droit dont l’objet est l’humain, la Déclaration universelle paraît sombrer dans l’auto-référentiel d’un compromis politique : les droits humains sont proclamés par un groupe de nations, donc ils sont fondamentaux.

    Pour ma part, je trouve plus logique comme fondement celui qui s’appuie sur le prédicat méta-éthique d’une volonté absolue et transcendantale, celle d’un Être suprême duquel émanent toutes les valeurs : liberté, égalité, justice, vérité, vie, etc. Ce sont ces valeurs qui fondent la dignité de l’être humain, sa liberté et ses droits, et non l’inverse. Et ces valeurs requièrent toutes un point d’ancrage qui leur donne leur universalité, c’est à dire leur unité.

    1. G. Médevielle, « La difficile question de l’universalité des droits de l’homme », Transversalités, 2008/3 N° 107, p. 69. ↩︎
    2. « En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être Suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen. » ↩︎
    3. « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit : » ↩︎