Au lendemain triste et stupéfiant de la réélection de Donald Trump comme président des États-Unis, le 5 novembre dernier, je parlais avec une jeune collègue de ce qu’il fallait maintenant craindre. Je lui ai répété mon mot d’encouragement habituel, quand les choses vont mal : « Todo tiene su final » – le titre d’un chanson de salsa entendue à Lima quand Fujimori avait finalement renoncé à sa présidence frauduleuse. Cette fois-ci, cependant, je n’ai pu m’empêcher de rajouter que tout irait bien… à la condition que notre espèce survive.
Il me semble que l’élection de Trump – où est-ce plutôt l’ambiance causée par la pandémie récente, les guerres actuelles, les changements climatiques? – a fait ressurgir notre conscience eschatologique. On s’inquiète et on brandit la menace d’une troisième guerre mondiale, d’une escalade nucléaire avec la Russie, d’une nouvelle pandémie (plus grave cette fois-ci), d’une prise de contrôle par les robots, bref, d’une extinction de l’espèce humaine.
Ce n’est certainement pas la première fois qu’une fièvre apocalyptique s’empare de l’humanité. Qu’on pense à la crainte millénariste du « bug » de l’an 2000, à la crise des missiles de Cuba, au millérisme de 1844, etc. Cette fois-ci, pourtant, il semble que nous soyons réellement prisonnier d’une spirale autodestructrice et que la fin du monde soit au détour. Contrairement au mythe du Déluge, il ne s’agirait pas cette fois d’un jugement de Dieu sur nos fautes mais, par une sorte de retournement, de la conséquence directe de notre folie bien humaine, trop humaine…
Comment, alors, devant cette menace, surmonter la peur primordiale qui se propage et continuer à jouir, un tant soit peu, d’une existence tranquille?
Pour ma part, je m’en remets à ma conviction (issue de la foi baha’i) que l’apocalypse ou la fin des temps, annoncée par la plupart des religions, n’est pas la fin du monde mais plutôt la disparition de l’ordre existant, l’apparition d’une nouvelle révélation et le développement d’un nouvel ordre millénaire.
En soi, cela permet de garder confiance. S’il faut remplacer des structures déficientes qui sont minées par la corruption, celles-ci doivent d’abord s’écrouler. Il n’y a pas moyen de l’éviter. On aura beau être horrifié par un désastre naturel ou être terrorisé par l’effondrement d’un système ou d’une institution (comme nous l’avons été en septembre 2001 et 2008), il faut admettre que l’histoire se répète et que des événements dramatiques peuvent aussi apporter une libération et un renouveau (comme l’a fait, par exemple, la chute du mur de Berlin en 1989). L’effondrement est la condition d’une transformation radicale – du remplacement – de ce qui a échoué.
Dans le christianisme, lequel a donné lieu à une civilisation qui s’écroule elle aussi, l’apocalypse symbolise essentiellement la victoire du bien sur le mal. S’il faut rester vigilant et prendre quelques précautions pendant la catastrophe, je suggère qu’il faut aussi rester optimiste et se consacrer à la reconstruction du nouveau monde, un monde meilleur, un monde qui n’exigera ni croisade ni colonisation, qui sera fondé sur l’unité et la justice, et qui n’exigera aucune révolution mais plutôt une adhésion naturelle à sa promesse.
C’est l’espoir que je nourris, sachant néanmoins que notre espèce ne peut être certaine de survivre à la folie d’une poignée d’hommes (russes, chinois et américains) à qui l’on confie le pouvoir de faire triompher la mort sur cette planète. S’il faut rester optimiste, il faut aussi rester vigilant. Donc, qu’on m’entende bien : je ne dis pas qu’il faut, comme Néron, jouer du violon pendant que Rome brûle… Je dis seulement qu’il faut conserver la foi en l’humanité.



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