Les cœurs purs – 2

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L’enseignement fondamental du Christ a renouvelé la loi juive en deux commandements très simples : aime Dieu, aime ton prochain. Cette loi simplifiée n’est pas venue avec un « mode d’emploi » malheureusement. Il est très difficile pour l’humain de savoir aimer, d’aimer tout simplement.

Si le récit de la vie et du ministère de Jésus contient quelques exemples de ce qu’il faut faire pour respecter son commandement, par exemple la parabole du bon Samaritain, c’est dans les béatitudes que l’on trouve l’indication chrétienne la plus claire et lumineuse de ce qui nous donne la grâce d’être sauvé. (Je n’expliquerai pas ici ce que l’on entend par salvation dans la foi chrétienne, c’est un sujet énorme; je présumerai seulement que cette grâce est d’être infiniment heureux, comme on dit des saints qu’ils sont « bienheureux »).

Dans les béatitudes, j’aime particulièrement celle des cœurs purs :

Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! (Matt. 5.8)

Cette béatitude est intéressante du point de vue de toutes les religions, et tout particulièrement du point de vue du judaïsme que le Christ a réformé. Le judaïsme – cette grande religion du livre et de la loi – valorise de façon formelle la pureté. Pour être en communion avec Dieu et participer au culte, il faut demeurer en état de pureté. Selon la tradition de notre époque, la Torah impose le respect de 613 commandements ou mitzvah, dont le plus connu est sans doute l’observance du sabbat. La loi juive dans son ensemble, la Halakha, est encore plus vaste et comprend les devoirs civiques et les préceptes de vie en société.

Au point de vue rituel, dans plusieurs religions, on devient impur, par exemple, en mangeant certains aliments ou en touchant certains objets. Ainsi, dans le judaïsme et l’Islam, la consommation de viande de porc est interdite. Le judaïsme prescrit de ne pas manger de la viande avec des produits laitiers. Dans l’Islam et la foi bahaï, la consommation d’alcool est interdite. Le lavage de mains avant la prière, la confession avant l’eucharistie, l’interdiction d’utiliser la technologie pendant le sabbat, sont d’autres exemples d’emphase rituelle sur le besoin de se purifier.

De façon plus générale, on s’éloigne de la grâce divine du point de vue moral en enfreignant les commandements, ceux du décalogue ou ceux des sept piliers de l’Islam, ou celui de la prière quotidienne obligatoire du bahaïsme.

Les règles de la religion sont incalculables. Dans une perspective d’unité des religions, est-il même possible d’envisager une harmonisation de toutes ces règles? Peut-on penser que ces règles, au fond, sont accessoires à chacune des religions prises individuellement et que leur nature est contingente, historique ou… politique? La question centrale, donc, est de savoir ce que cette recherche de pureté, commune aux religions abrahamiques, signifie essentiellement?

Comme je disais, au formalisme de la loi juive de l’Antiquité invoquée pour juger Jésus lui-même, qui avait guéri un jour de sabbat, le Christ a opposé une loi qui ne cherche comme preuve, parmi d’autres, que la pureté du « cœur ». L’image du « cœur pur » n’est pas étrangère, non plus, au judaïsme, puisqu’on la retrouve dans les Psaumes (ex : Ps 51). Elle existe aussi dans l’Islam (5:41), où la notion de pureté est fondamentale (l’un des sept piliers…) et où l’image est parfois traduite par « cœur sain ». Enfin, toujours dans la tradition abrahamique, elle a été reprise avec force par les fondateurs de la foi bahaïe, le Bab et Bahá’u’lláh, qui comparent le cœur pur à un miroir qui réfléchit parfaitement la lumière de Dieu.

« Ô fils de la gloire !

Fais diligence dans la voie de la sainteté et entre au ciel de la communion avec moi. Purifie ton cœur au brillant de l’esprit et empresse-toi vers la cour du Très-Haut. » (Paroles cachées, 2.8)

Mais qu’est-ce que le cœur dans cet état de réalisation parfaite de la loi divine et qu’est-ce qu’on entend alors par pureté? Comment le cœur devient pur?  

C’est un mystère et tout indique que cette voie vers l’état de grâce ou béatitude renvoie au message fondamental des religions monothéistes, soit que Dieu est amour, qu’il est miséricordieux, qu’il sauve les cœurs qui aiment sans réserve, et que l’amour de Dieu et de notre prochain est la meilleure façon de vivre en Lui.

En somme, l’état de grâce dont ces religions parlent n’a pas grand-chose à voir avec les prescriptions et rituels de purification physique. Ces actes que l’on accomplit mécaniquement, l’obéissance à des prescriptions matérielles qui ne touchent pas l’esprit, n’ont pas tellement d’importance sinon de signifier notre appartenance à une tradition.

Il n’est peut-être pas possible non plus de résoudre ce grand débat de la Réforme, à savoir si l’on est sauvé par les œuvres ou par la foi uniquement. Luther dénonçait la corruption de l’église catholique qui faisait le commerce des indulgences pour sauver les « âmes » du purgatoire. Mais la salvation par la foi, comme celle du larron sur la croix, est-elle suffisante pour nous mortels ordinaires? On peut se demander comment, concrètement, l’on trouve la grâce en réalisant une telle chose que la purification du cœur, c’est-à-dire comment on peut aimer ainsi sans réserve égoïste.

Heureux les cœurs purs, donc, car ils verront Dieu avec leur cœur purifié par l’amour, parce que leur cœur se retrouvera dans le cœur même de Dieu :

« Dieu est amour; celui qui demeure dans l’amour demeure uni à Dieu et Dieu demeure en lui. » (1 Jean 4.16)

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